AZF LE PROCÈS Choc de plaidoiries entre Jean Veil et Simon Cohen

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié le , mis à jour
VIDEO – – Jean Veil avocat de Total et Simon Cohen, avocat des parties civiles, ont aligné hier leurs arguments.

Jean Veil : « On ne peut pas être jugé et rejugé »

Pour Jean Veil, cette citation ne tient pas. Thierry Desmarest et Total ont fait l’objet d’une décision implicite qui équivaut selon lui à un non-lieu. Et par ailleurs, la cour d’appel de Toulouse a déjà rejeté une première demande des associations en mai 2007.« On ne peut pas être jugé une première fois et rejugé, alors qu’aucun élément nouveau n’intervient. Cette citation, pour épaisse qu’elle soit, est irrecevable. Pourquoi les juges ont-ils résisté à l’opinion publique et n’ont pas mis en examen Total et Thierry Desmarest ? Ce n’est pas à cause de la pression du grand capital sur la justice. C’est parce que Total n’avait aucune information sur Elf et les filiales comme Grande Paroisse au moment de la prise de contrôle. Et pourquoi se précipiter ensuite pour faire un audit, puisque Grande Paroisse fonctionnait normalement, et que l’ensemble des règles était respecté ? Les juges ne pouvaient pas mettre en examen le groupe. »

« Si l’on joint au fond, poursuit Me Veil, c’est alors que la justice est compassionnelle. Or, elle ne doit pas être compassionnelle. Elle doit prendre des décisions en droit, y compris lorsque l’on a affaire à des drames que les personnes ont vécus. Il ne faut pas faire durer artificiellement les procédures, cela aboutit à des désastres judiciaires. »

Jean Veil a voulu aussi défendre Thierry Desmarest. « Il est venu sur le site dès le 21 septembre. Il a pris le parti de soutenir immédiatement Grande Paroisse. »

Jean Veil a aussi voulu mettre l’accent sur le statut très particulier de Thierry Desmarest si le tribunal décidait de joindre la citation directe au fond :

« Souhaitez-vous le voir, ni témoin, ni prévenu, mais en quelque sorte « prévenu sous condition résolutoire » ? Il viendrait ici par précaution, mais est-ce que cela apaiserait les victimes ? Quel serait l’intérêt d’une telle situation ? »

Simon Cohen : « Total et Desmarest sont-ils inquiets ? »

« Qui a le monopole de l’action publique, qui veut se l’approprier ? » demande Simon Cohen. « Les victimes qui ont le monopole de la souffrance ? Je comprends que Thierry Desmarest ne veuille pas être contaminé par cette souffrance ». Me Cohen insiste tout d’abord sur ce qu’il désigne comme une valeur « constitutionnelle », celle du droit pour chaque citoyen de mettre en œuvre l’action publique.

« Je pense à cette communauté des victimes qui ne pourra pas s’empêcher de se demander pourquoi ces débats se sont déroulés sans Total et Thierry Desmarest. »

Contrairement à Jean Veil, Simon Cohen estime que le non-lieu n’est pas implicite et que le fait que Total et Thierry Desmarest n’aient pas été renvoyés ne signifie pas qu’ils ne peuvent pas l’être.

« Sont-ils à ce point inquiets qu’ils veulent s’abriter derrière ce faux-semblant de non-lieu ? Pour qu’ils ne veuillent pas prendre le risque d’un jugement ? »

L’avocat raconte ensuite la démarche de toutes ces personnes qui veulent savoir et qui, surtout, pensent que l’explication de Total serait indispensable.

Et pour souligner combien le débat judiciaire avec le groupe et son PDG serait important, il cite un magistrat des États-Unis qui avait cette belle phrase : «Le meilleur désinfectant, c’est le soleil ! »

« Le non lieu est implicite ? Mais la souffrance est explicite, la soif de savoir est explicite, la vérité est explicite… »

Toujours pour les parties civiles, Me Annie Cohen-Tabia a voulu, elle, rappeler que « les cadres de l’usine étaient choisis par le directeur des ressources humaines d’Atofina, qui dépendait de Total », exprimant ainsi que le groupe contrôlait selon elle beaucoup plus Grande Paroisse qu’il ne veut bien le dire. Me Claire Priollaud rajoute : « Les parties civiles ne veulent pas vengeance, mais poser les bonnes questions à la bonne personne.»

Les Toulousains aussi veulent savoir

Au pied de l’escalier, salle Jean Mermoz, Francis devance l’heure des plaidoiries. Avec une voix de ténor du barreau, l’ancien gendarme toulousain s’exclame : « ils ont raison d’aller jusqu’au bout et de demander la comparution de Total. J’aurais fait pareil si j’avais été blessé. J’aurais voulu savoir qui était responsable de la catastrophe d’AZF ». Dans les allées et venues qui continuent avec les parties civiles, les avocats, les journalistes et le public regagnant la salle d’audience, le retraité évoque d’autres raisons pour expliquer sa présence.

« Mon père était ouvrier d’entretien à L’Onia qui deviendra plus tard AZF. J’ai toujours entendu papa me dire : « Si l’Onia saute, la moitié de Toulouse saute ». Le 21 septembre 2001, le père de Francis était déjà décédé. Mais sa femme Hélène a vu le drame de près. « Elle était alors infirmière à Rangueil et elle a reçu les premiers blessés. Aujourd’hui, elle m’a envoyé en éclaireur pour voir si on peut assister aux débats. Mais demain elle viendra avec moi », précise son mari.

Un autre Francis, retraité du bâtiment, et son épouse Mylène, ont suivi hier les premières escarmouches entre les avocats de la défense et de la partie civile. Le couple qui vivait à Saint-Martin du Touch en 2001, se sent « très concerné » par les suites judiciaires. « Le soir de l’explosion de l’usine, on est allé dans les quartiers sinistrés. On avait été épargné et on voulait apporter de l’aide aux victimes. On est parti un peu au hasard des rues, avec des thermos de café et des paquets de gâteaux », se souvient Mylène.

Et dans la nuit du 21 septembre, cette mère de famille verra aussi le meilleur et le pire : « Il y avait des pillages dans les immeubles et on a découvert des personnes âgées complètement abandonnées. » Anicet de Blagnac, cherche, lui, à comprendre la mécanique du drame et la mécanique juridique. Il était dans l’Ariège quand La Ville rose se recouvrait de cendres, et « ma femme qui faisait le marché à Saint-Cyprien en parle encore », dit-il.

Alors que Sénouci de la Reynerie, quitte la salle d’audience : « parce que son oreille gauche se fatigue vite quand il y a du bruit », un ingénieur de l’usine AZF, gravit à son tour les marches vers le tribunal et la partie de la salle réservée au public.

C’est ainsi depuis lundi, jour d’ouverture du procès.Des victimes arborant un badge partie civile, et des civils anonymes se croisent sans deviner les stigmates que la catastrophe laisse à chacuns. Ainsi, cet ingénieur et cet ouvrier d’AZF adoptent la discrétion par pudeur. Sénouci qui a perdu 70 % de sa capacité auditive, préfère revenir dans quelques jours. « Pour l’instant, je suis trop impressionné. Je suis un homme simple et je ne me sens pas tout à fait à ma place », s’excuse-t-il. En fin d’après-midi, Francis et Mylène étaient toujours là, à attendre la décision du tribuna. Ils ont décidé de revenir le plus souvent possible si le jardin et les petits enfants leur laissent du temps libre…


Cet ancien d’AZF veut que Total soit cité

Il s’est présenté seul à l’audience, sans avocat. Georges Abellan, 54 ans, ancien d’AZF, fait partie des 24 parties civiles qui ont réclamé hier la citation directe de Total et de son ancien PDG Thierry Desmarest.

« Personne n’a le monopole de la mémoire des ouvriers disparus », a-t-il déclaré. Georges Abellan, en effet, n’a jamais été sur la même longueur d’ondes que d’autres salariés d’AZF, qui ont fait bloc avec Total.

Georges Abellan, hier devant le tribunal correctionnel, a expliqué sa position : « J’ai travaillé dans l’usine. En 2001, j’occupais un poste à l’unité de fabrication des produits chlorés. Je dirigeais une équipe. Nous appliquions les consignes de notre chef, qui lui-même appliquait les consignes de Grande Paroisse, société qui elle-même appliquait les consignes de Total. Je pense donc que sur le banc des prévenus, aux côtés de notre ancien directeur Serge Biechlin, doit se trouver un responsable de Total ».

Total est en effet la maison mère de la société Grande Paroisse qui exploitait l’usine AZF.

Après l’explosion de l’usine, Georges Abellan a été reclassé à Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques, puis il est parti travailler à la raffinerie Total de La Mède, dans les Bouches-du-Rhône. En 2003, Total a demandé à Georges Abellan de revenir à Toulouse pour aider à la démolition de ce qui restait de l’usine AZF.

Cet ancien d’AZF, à 54 ans, se retrouve aujourd’hui préretraité.

Archive d’article de la Dépêche du Midi

 

 

Partagez cet article

Partager sur facebook
Partager sur google
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur pinterest
Partager sur print
Partager sur email

Copyright © 2019 Cabinet Simon Cohen. Tous droits réservés.
Création Vidéo Réseau Pro